Virginie Fromentin est guide professionnelle, spécialisée dans l’art de rue. Sa passion : faire découvrir les œuvres éphémères -tags, grafs, fresques murales, pochoirs- qu’on aperçoit sur nos murs, sans toujours prendre le temps de les regarder, ou de les comprendre. Elle nous fait découvrir ce qui l’a amenée vers cette passion singulière, et décrypte pour nous, et les utilisateurs de Serndip, les décors dont se parent les villes la nuit.

Virginie Fromentin demande de la prévenir si elle se met à parler trop bas pour l’enregistreur, avant de préciser : « J’ai l’habitude de poser ma voix, mais on ne sait jamais… » En effet, sa voix est son outil de travail. Virginie est guide-conférencière à Paris. Sa spécialité ? Le street-art et le graffiti. Car, apprend-on, ça n’est pas la même chose. Elle nous explique la différence, avec pédagogie. Le premier est souvent le fruit du travail de personnes étant passées par les écoles d’art, choisissant délibérément ce lieu d’exposition, quand le second est d’abord le fait de celles et ceux ayant décidé de s’emparer de la rue, pour s’y exprimer, sans que le but premier soit nécessairement artistique, même si l’émotion esthétique peut, bien sûr, émerger. Les deux passionnent autant Virginie depuis, non pas comme c’est souvent le cas, son adolescence, mais bien son enfance. Dès l’âge de huit ans.

Les villes se cachent pour vivre

Elevée à la campagne, c’est à cet âge qu’elle découvre à 9 ans la cité du Château Blanc en banlieue de Rouen, suite à un déménagement familial. Ce sont les années 1980, l’explosion en France de la culture hip hop, musicale donc, mais aussi artistique, avec l’apparition des graffeurs et de leurs œuvres urbaines, lumineuses et éphémère. Un choc esthétique, un choc de cultures pour elle, dont ce courant, à la mode aujourd’hui mais décrié par les médias à l’époque, enflamme l’imagination. Elle s’y essaie un temps, mais renonce bien vite : « Je n’ai aucun talent pour la musique, ni le dessin. C’est important de persévérer dans ce qu’on croit, mais aussi de savoir abandonner ce pour quoi on n’est pas douée », s’amuse-t-elle. Virginie rit souvent, et sourit tout le temps. Ses yeux d’un bleu très clair, et ses longs cheveux blonds, contribuent à son visage avenant, à son regard doux qui respire la curiosité.
Comment devient-on guide-conférencier(ère), et surtout spécialisée dans les œuvres de rue ? En l’occurrence, par un curieux mélange de hasard et de détermination. Son objectif, très tôt, très vite : apprendre les langues, pour pouvoir échanger avec toujours plus de personnes, connaître toujours plus de cultures. Elle étudie les Langues Etrangères Appliquées sitôt le bac en poche. Des études pour lesquelles on imagine plutôt le devenir de traducteur ou traductrice, mais dont la visite guidée, du patrimoine historique comme des musées, constitue un autre pendant naturel. Direction Paris, aussitôt qu’un ami, libérant son appartement, lui propose le sien et une solution d’hébergement ad hoc -trouver un appartement est le véritable défi qui attend tout aspirant Parisien.
« De Rouen, Paris n’est qu’à 1H15 de train. Cela fait presque partie de la vie normale d’un Rouennais de venir régulièrement à Paris. J’aimais déjà la ville, sa beauté, son énergie, mais dans mon métier, c’était aussi, en termes d’opportunités professionnelles, une véritable mine. » Les musées, l’architecture, Virginie fait alors de tout, mais glisse rapidement vers le Paris populaire, l’histoire des quartiers, les anecdotes historiques issues des siècles passées et qui s’égrènent au détour d’une rue, d’une place, d’une impasse. « C’est un métier extraordinaire, explique-t-elle, car aucun jour n’est pareil. Que les visiteurs soient de Paris ou de province, de France ou non, d’Angleterre, d’Italie (ses deux langues principales), de tous les âges, en famille, en groupe, aucune visite ne se ressemble. Certains posent des questions, d’autres non, et ce ne sont jamais les mêmes questions. On discute, souvent, on apprend des choses en retour sur les patrimoines d’autres villes, d’autres régions, d’autres pays. »

A la rencontre de la rencontre

C’est d’ailleurs en ce sens qu’elle conçoit également les activités qu’elle proposera sur Serndip. La visite de groupe, centrée, donc, autour du street art comme du graffiti, se conclura par un moment dans un café, « pour se réchauffer un peu, et faciliter les conversations, les échanges. C’est d’ailleurs ce qui m’a tout de suite séduite dans l’application », explique-t-elle, sans se départir de son sourire lumineux. « J’ai grandi à la campagne, dans un environnement très social, il y avait toujours du monde à la maison, et j’aimais profondément cela. Toujours des copines, des copains, qui venaient pour jouer, s’amuser, discuter. Le contact, l’échange, la découverte de l’autre, ce sont vraiment les plaisirs dont je ne me suis jamais lassée et dont je ne me lasserai jamais. »
Globe-trotteuse invétérée, Virginie a parcouru le monde entier, souvent seule, sac au dos. Seule l’Amérique du Sud manque encore à son palmarès. L’occasion, encore, de se confronter à d’autres modes de pensée, d’autres façons d’être, tout en constatant ce qui, irrépressiblement, nous relie. Clairement, les ponts symboliques susceptibles de nous relier les uns aux autres l’intéressent.

Un exemple ? Son tout dernier projet en date, qui la fait s’enthousiasme -et, littéralement, toucher du bois- dès qu’elle en parle. C’est un partenariat avec le Musée du Louvre, lequel souhaite proposer à ses visiteurs d’ajouter à leur visite classique du musée une autre, plus étonnante. Une balade en ville, guidée par les bons soins de Virginie, pour décortiquer, expliquer, comment les artistes de rue d’aujourd’hui s’emparent des œuvres classiques, jouent avec, les interprètent ou leur rendent hommage. Un pont à travers les cultures, donc, mais aussi par-delà le temps, et les civilisations qui nous précèdent.
C’est aussi ce qui sous-tend la manière dont elle envisage les visites : elle construit un récit, toujours pour relier les divers artistes, mais aussi les techniques, et l’histoire de la ville que racontent leurs œuvres, sans cesse changées, sans cesse nouvelles. Et c’est clairement ce qui l’habite quand elle prend son vélo pour parcourir la ville des heures durant, s’arrêter dès qu’elle aperçoit un artiste de rue, discuter avec elle ou avec lui, savoir ce qu’ils font, pourquoi et comment ils le font, s’intéresser à la vie des collectifs, des projets plus ou moins durables, plus ou moins officiels, qui viennent obstinément, depuis plus de trois décennies maintenant, enrichir nos gris murs et ternes ruelles. La même démarche l’anime, depuis que, petite, elle découvrait la créativité du genre, jusqu’à aujourd’hui où les stars du street art, Banksy, Invader, Shepard Fairey, voient leur travail prendre place, parfois à leur corps défendant, dans des galeries ou des sites marchands, et atteindre le prix de plusieurs dizaines de milliers d’euros, quand ce ne sont pas des centaines.

Près du café où elle donne rendez-vous et tutoie le serveur s’élève le M.U.R. (pour Modulable, Urbain, Réactif), un vaste pan de mur, justement, dédié par la ville au street art depuis dix ans maintenant et qui, tous les 15 jours, accueille les travaux éphémères d’artistes urbains. Ce jour-là, c’est une fresque en noir et blanc qui l’orne, sobre et finement ouvragée, du mystérieux duo « Monkey Bird ». Régulièrement durant l’interview, son regard dévie vers cette beauté lunaire, la façon dont les passants s’y attardent, l’admirent, le prennent en photo. Même quand elle parle de sa vie, Virginie travaille. Venez admirer avec elle les fruits de cet art qui réussit la prouesse d’être à la fois contemporain, éminemment, et populaire, irrémédiablement, en participant aux visites qu’elle organise sur Serndip. Elle vous attend, car elle espère par ce biais, obstinément, rencontrer, échanger et découvrir de nouvelles personnes, mais aussi les aider à découvrir de nouvelles façons de voir le monde pour, toujours, « renouveler leurs regards. »

 

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