Ingénieur de formation, passionné de photos, Philippe Delaisement a créé ses propres ateliers photo à destination des amateurs et professionnels.

Faites connaissance avec ce passionné de la composition photographique, de l’importance du cadre, de l’équilibre des lignes.

“En photo, composer n’est pas tricher”

C’est un jour d’été indien à Paris. Philippe Delaisement nous a donné rendez-vous au Musée d’Orsay, où il travaille en indépendant comme expert en sécurité des systèmes. Cheveux blancs coupés courts, yeux foncés respirant la bienveillance, visage débonnaire, il nous propose de faire un tour. L’interview ne se fera pas, comme c’est souvent le cas, assis dans un bar. Sa suggestion, après avoir traversé la Seine par un long pont boisé où persistent, malgré les ménages réguliers de la municipalité, à s’accrocher des cadenas d’amour multicolores : simplement discuter sur un banc à l’entrée du jardin des Tuileries. Il grimace quand on évoque l’idée de le faire parler de lui, de son parcours, mais devient intarissable dès qu’il part dans son sujet, sa passion : la photographie.

 

Créateur, prof et artisan

Philippe a commencé la photo tout jeune, à peine au collège, avec l’appareil photo paternel dont il a oublié le modèle exact. Ce n’est d’ailleurs pas un fétichiste de la machine en elle-même et il se définit lui-même comme un « pragmatique. » « Je crois à la spontanéité de ce qu’on fait, et au moment où on le fait », développe-t-il, en s’appuyant sur la façon dont il anime les ateliers photo qu’il a ouverts voilà bientôt deux ans. À chaque session, des petits groupes de 4 à 5 personnes. Il précise : « Je préfère les laisser faire, ne pas poser trop de questions mais répondre aux leurs et peut-être seulement après aller plus loin. Par exemple, systématiquement, j’envoie une fiche technique, qui reprend point par point tous les méthodes utilisées, pour que chacun puisse les approfondir, les retenir, s’il souhaite reproduire ce type de travail, ou aller plus loin. Mais je ne suis pas un geek de la technique. J’accepte volontiers les gens avec des téléphones portables, s’ils aiment l’image. Le matériel, c’est secondaire : si on a envie de faire de l’image, pour moi, c’est le seul critère qui vaille. »

Après avoir longtemps mis de côté son violon d’Ingres, en raison d’un travail qui lui demandait de voyager beaucoup, sur de nombreux projets à travers le monde, de la vie de famille, prenante et simplement du temps qui passe, Philippe a redécouvert les joies de la photo, mais aussi de la pédagogie, comme cela arrive souvent dans la vie : de façon purement fortuite. Plus précisément, lors du chantier à Poitiers de la ligne de chemin de fer Tours-Bordeaux, sur lequel il travaillait, et qui réunissait beaucoup d’expatriés. Loin de leurs familles et de leurs amis, entre collègues, ils prennent l’habitude d’échanger, de passer du temps ensemble. « De fil en aiguille, je me suis mis à parler photo, et je me suis rendu compte que ça me plaisait beaucoup d’évoquer les souvenirs que j’en avais. Et puis, des souvenirs, je me suis mis à me réapproprier les sujets techniques, et tout cela intéressait beaucoup les autres. Ça a réactivé ma passion, j’ai créé un club photo pour nous, et c’était reparti. »

Il créé alors un , propose aux clients de son activité professionnelle de créer leurs propres club photo (c’est le cas dorénavant au Musée d’Orsay), contacte des professionnels pour présenter leur travail, leur philosophie de l’image et leurs façons d’obtenir le cliché désiré, et consacre désormais une grande partie de son temps à transmettre et décrypter l’art photographique. « Quelque chose que j’ai remarqué, s’amuse-t-il, c’est que plus on explique aux autres, plus on comprend. On peut avoir des pressentiments, sentir quelque chose mais ne l’avoir jamais formulé. S’il faut expliquer à quelqu’un comment on est parvenu à tel ou tel résultat, qu’on est obligé de trouver les bons mots pour se faire comprendre, alors tout devient plus clair et on s’en souvient toute sa vie. »

 

Architecte de l’image

Mais ce n’est pas simplement pour se construire des souvenirs que Philippe est revenu à la photo et a lancé ses ateliers de pratique. Il n’est pas de ces artistes qui privilégient le hasard, la surprise, l’instant, pour capturer un moment inattendu et savoureux, ce qu’on appelle aussi la photo « opportuniste », cette capacité à saisir l’instant. Ce qui l’anime, c’est à l’inverse construire ses images, c’est la composition soignée, la lumière travaillée, l’équilibre du cadre. Après s’être longtemps consacré aux images de paysages et monuments architecturaux, il travaille désormais sur l’humain, le portrait ou des séries similaires à celles qu’on trouve dans les magazines de mode. C’est aussi cet aspect particulier de la discipline qu’il espère transmettre aux participants de ses ateliers.

« Aujourd’hui, c’est ce vers quoi je veux tendre : la construction complète d’une image. Du maquillage, du stylisme, des postures du modèle, de l’éclairage bien sûr. En studio, j’essaie que les gens se concentrent sur les formes et, en photo de rue, sur la lumière. C’est pour cela que j’aime autant des peintres abstraits, comme Rothko. Ou, en photographie, Franco Fontana http://francofontanaphotographer.com/. Pour leur construction, leur recherche esthétique. Fontana, pour moi, c’est un maître. De la banalité, il peut tirer quelque chose d’incroyable, parce qu’il magnifie les formes. C’est un peu, à mon échelle, ce que j’essaie de faire : agencer les formes. »

Philippe Delaisement s’interrompt subitement. Non qu’il manque d’inspiration, son débit s’emporte et ses yeux brillent quand il évoque Franco Fontana et la composition de ses images. Simplement parce que, sur la chaussée en contrebas, résonne la sonnerie d’un camion de pompier dépêché en urgence. Il ne hausse pas le ton, ne se met pas à crier pour se faire entendre, simplement laisse passer l’instant. À l’orée des Tuileries, à l’heure de la pause déjeuner, des coureurs solitaires où en groupe font s’envoler un peu de poussière ocre sous leurs foulées. Le calme revenu, il reprend : « De la contrainte vient la créativité, toujours. C’est pour cela aussi qu’il faut sortir de sa zone de confort, en s’imposant par exemple des exercices de style. Toujours travailler comme on l’aime, mais en s’attaquant à des sujets, ou des questions, vers lesquels on n’aurait pas glissé naturellement. »

Qu’attend-il de Serndip ? Renouveler, plutôt qu’élargir, sa clientèle. Bien sûr, la perspective d’avoir plus d’élèves n’est pas pour lui déplaire. Mais surtout, qui dit mêmes élèves dit mêmes questions, mêmes enseignements : s’ils arrivent tous par les mêmes intermédiaires, comme les forums spécialisés dans la photographie, ils auront plus fréquemment les mêmes interrogations. En revanche, découvrir de nouvelles problématiques, des personnes issues d’autres parcours, venues d’ailleurs, n’est pas pour lui déplaire. Surtout si elles sont animées par la curiosité, par un regard qu’il n’a pas croisé jusqu’ici.

 

C’est le moment de demander à ce pédagogue dans l’âme son ultime conseil aux photographes en herbe. Il prend le temps de réfléchir. « Ce que je dirais… C’est… Laissez-vous aller à la flânerie. Un peu de rêve, un peu de flânerie, ne pas s’accrocher qu’à l’aspect technique, regarder les choses, je pense que ça peut être bien pour faire fonctionner les deux hémisphères. Ça ne peut être que bénéfique. » Ce n’est pas Serndip, pour qui la rencontre n’est pas au bout du chemin, mais déjà en chemin, qui le contredira. Flânons !

 

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